lundi 02 mai

Demi-saison - III -

III




     Je rencontrais cette année de nouveaux visages, et au fil des histoires que chacun me contait, j’eus l’impression que mon pessimisme fut quelque peu rejoint, et mon défaitisme justifié.

     Charles est un garçon qui connut une pénible enfance déchirée à travers les problèmes familiaux. Débrouillard, mais sensible, il souffrait face à une déception amoureuse.

     Thomas est un garçon très intelligent qui semble avoir compris depuis longtemps la tragique existence humaine. Il a également déjà été déçu.

     Bien sur, il y a aussi l’histoire d’Alain, celle d’Audrey, celle de Baptiste, celle de Marie… Et sûrement des tas d’autres inconnues ou oubliées, toutes aussi attendrissantes les unes que les autres…

     Ma vie n’était donc pas le plus grand malheur du monde. Après toutes ses tribulations, je pensais avec orgueil que j’étais l’incarnation de l’infortune; et qu’en dépit de cela, j’étais un être à part. Mais il n’en est rien. J’étais un homme comme un autre, et j’éprouvais ce qu’il y avait de plus commun. Devais-je être déçu de cela, ou au contraire me réjouir du fait que nous souffrons tous ?

     Ce qui est certain est que ma vision de la vie devenait davantage désespérée. Si j’eus été le seul être qui pâtissait, je pouvais cependant porter espoir sur le monde joyeux qui m’entourait. Mais sur quoi pouvais-je dès lors me reposer, si la désolation s’étendait en tout endroit ?

     Peu à peu, mes repères s’éteignaient, en même temps que mes aspirations à quelque délectation. Je déambulais sans avenir à l’horizon, avec dans mon ballot mes poèmes seuls, et le dégoût de vagabonder.

     J’eus la chance d’avoir un professeur de littérature qui savait aussi enseigner habilement quelques mystères de la Vie. C’est ainsi que Chateaubriand me fit prendre tragiquement conscience de la fuite du temps, et que la nostalgie est illusion, si je tente de retrouver quelque parcelle de félicité dans un temps dores et déjà perdu. Mais alors, que de jours j’ai gaspillés inutilement ces dernières années! Je ne faisais donc que vivre dans le passé! Pourquoi donc avais-je sans cesse le dos tourné vers ce qui ne changera jamais? Il devenait à présent urgent de vivre un peu.

     C’est aussi à la fin du printemps que Thomas et Marie surent réciproquement qu’ils s’étaient épris l’un de l’autre. Quant à moi, je sus que l’amour pouvait alors également être bonheur, et l’espoir sembla ne pas être encore éteint. Je retrouvais un peu de sens et de goût après m’être essoufflé. Il fallait que la vie soit utile : je rendrai le sourire à ceux qui l'ont perdu, je rendrai le soleil aux nuits qui sont éternelles. Cependant, s’il fallait renoncer à vivre dans le passé, était-il vraiment raisonnable de vivre à travers le bonheur des autres ?




arbre33





Posté par ladamedepique à 02:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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