lundi 02 mai

Exit - II -

II




     Samedi était une journée pleine de poésie. Dommage qu’elle fut morose. Mais la plupart du temps les deux vont de pair chez moi.

     J’arrivais à Paris en ce début d’après-midi ensoleillé. D’abord, je me suis rendu dans l’enceinte du Palais du Louvre, où il y a une fontaine. J’ai achevé le dessin maladroit d’une façade que j’avais commencée la veille.

     Je me baladais à Saint-Germain-des-Prés pendant longtemps, avant d’atteindre le quartier latin. Finalement, je décidai de dessiner une autre fois et je continuais alors ma promenade.

     Je ne discutais avec personne, puisque j’étais seul. Mais je crois que j’eus énormément de pensées qui me firent dialoguer avec moi-même. Je sentais quelques fois des gouttes mouiller le bord de mes yeux. Je pensais que mon meilleur ami m’avait oublié sitôt les vacances commencées, qu’il est occupé pour moi, et libre pour d’autres. Je n’aime pas me tracasser pourtant.    

     Mais surtout, je comprenais qu’il y a quelque chose d’étrange en moi ; il me manque un petit peu de cette « normalité » qui vous rend plus facilement appréciable des autres. Je rencontrais sans cesse des soucis, et ça m’exaspère. 

     Arrivé au parvis de Notre Dame, je contournai le monument par un joli parc qui donne vue sur la Seine. J’avais souvent envie d’une glace ou d’une crêpe, mais je trouvais stupide de déguster ceci tout seul.

     Dans mon élan, je ne me suis arrêté qu’après de longues heures de marche, à la fin de l’après midi. J’ai acheté un sandwich, dans le 5ème, celui qu’on prend tout le temps mon ami et moi; et je l’ai pris au bord de la Seine, sur un banc à l’ombre des arbres. Je me rappelais alors ce que j’avais écrit la veille des vacances.


Les nuits sucrées

J'ai hâte d'être en vacances.

Il y aura les nuits d'été ou je me sentirai s-e-u-l,

La fenêtre ou

Et           ver

v i d e. ----te

Mais surtout, il y aura les nuits sucrées où je goûterais les délices

De mes rêves, où j'écrirais sur le papier jauni

Que j'ai vécu mille aventures,

Que je n'ai oublié aucune !

L'après midi, j'irai quelques fois au parc.

Je me promènerai

Assis sur un banc

J'écrirai

Les gens qui p a s s e n t, les enfants qui c o u r e n t, la fontaine qui r e s p i r e.

                    D'autres fois, je partirai sur ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Seine.

                                                              l e s b e r g e s d e l a

Je défilerai devant les péniches, et

Fatigué je me poserai

                                      à

                                             terre.

Rêver

La vie

Ce sera chouette.

            Je revins ensuite vers la cathédrale, et me posais quelques instants. J’en profitai pour lire quelques morceaux d’écriture parmi ceux que j’avais amené. Des poèmes qui me rappelaient certains visages. Puis le chapitre consacré à cet ami.

     Je me sentais seul au monde et abandonné de tous. Je regrettais bientôt d’avoir quelquefois, dans mes sursauts de stupidité, aimé la vie. Elle était décidemment trop triste ! Etait-ce vraiment cela la réelle vie ? Marcher toujours en croyant sourire un jour, avec des promesses qui sont toujours des mirages, devant nous ?

     Je longeais les rivages, et me dis que je pourrais refaire cela tous les jours. Je rejoignis ainsi la Bastille au début de la soirée.

Dimanche, en juillet.





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     Il semble que les gens ont de plus en plus de difficulté à m’apprécier. En fait il n’y a pas beaucoup de réciprocité dans mes relations. Je pensais que cela ne m’arrivait que pour les histoires d’amour, mais finalement ce défaut touche même les amitiés. « Tu ne m’apprécies pas autant que je t’apprécie.» « Tu m’apprécies plus que moi je ne t’apprécie.»

     Ma vie devient désagrégation. Et le résultat est que je deviens de plus en plus solitaire et que j’ai peur, parce que bientôt je sens que je serai seul. J’adore de moins en moins de personnes, la réciprocité ne semble pas toujours là. En fait je crois que je préfère maintenant avoir peu d’amis, et les chérir absolument.

     Je n’ai jamais été aussi angoissé. Bien sûr je ne vois pas l’avenir du tout. Quant à celui qui est proche, c'est-à-dire la nouvelle année scolaire qui arrive, et bien il n’annonce pas des temps radieux. Je vois déjà me baladant couvert d’un parapluie, et tombent les feuilles couleur de châtaignes : il pleut toujours. Je m’arrête souvent tandis que les berges du fleuve coulent sans jamais s’arrêter. Ce sera pareil quand les arbres seront nus. Je mettrai une écharpe, des gants, et je m’en irai flâner de nouveau.

     Mais que dis-je ? Lorsque je suis seul, j’éprouve de la peine. Alors cela voudrait-il dire que je prends goût à la tristesse ?

Lundi, en juillet.




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Fenêtre monochrome

En ces soirs d’été qui ne cessent d’être pluvieux

Je nettoie les longs morceaux de coton fangeux

Errant si tôt le ciel safrané qu’ils édentent

Pour sillonner ma rêvasserie indolente

J’allonge le regard sur la fenêtre morne

Coincée entre les murs de terre ocre que borne

Mon cœur bat comme une casserole vidée

Tandis que le cuivre salit mes joues tannées

Les allées rappellent les rangs de sycomores

Je vois leurs images brouillées qui me dévorent

Dans la vague née du rideau de brume épais

Je goûte l’ennui humecté par le café

                                                              juillet 04





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Reflet

Je me promène le long des bras de la Seine

En ces journées où l’aube borde le jour sage

Il se superpose un piano sur les rivages

Il me déplace vers une lointaine scène      

Tes pas gracieux mêlent ta fine silhouette

Au rythme des menuets puis des ariettes            

Et des flots qui gondolent en de bleus croissants

Bercés par ta voix suave les palissant

Tu t’égares le long de nos quais, je t’envois

L’ancre, mes odyssées, et la rose des vents

Tu me donnes, voile inconnu, le tintement

Et la lumière, l’espoir en lequel je crois

                                                               juillet 04

     La plupart des amis sont loin. Je crois que je passe un été entier à Paris. Il ne se passe pas un jour sans que la solitude ne veuille m’échapper; il n’y a qu’elle qui ne m’abandonne pas. Bientôt l’ennui laisse place à la désespérance.

     J’arpente les rues et les rêves. Je dessine des voyages, j’invente ce que je n’aurais pas vécu. Je sommeille, je goûte, j’écris. Rien ne me procure un peu de plaisir.

     Je n’aperçois même plus la félicité que j’ai toujours tant recherchée. Je ne perds plus mon temps à rattraper ce qui est insaisissable. Ce sont des jours perdus tout court, et insignifiants.


Entends-tu la caresse des barges sur la langueur

D’un passant qui s’arrête deux minutes sur ce banc ?

Regarde comme les pinceaux lui animent des compagnons et des escapades

Ils sont nés du mirage de ce désert qui assoiffe

Les pensées

Seul(es), les jours cloîtrés ont fait pousser

La paresse, le duvet au-dessus des lèvres

La déréliction



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